Dernière mise à jour : 14 mai 2019

The European Scientist 17 décembre 2018 Pologne

La fin des éoliennes terrestres en Pologne

Le ministre de l’énergie Krzysztof Tchórzewski a justifié ce choix par la vive opposition de la population polonaise.

Par Jean-Pierre Riou
Retraité de l'Éducation nationale, auteur du blog Le Mont Champot, président du bureau énergie pour le collectif Science Technologies Actions (STA)

Jean-Pierre Riou
Jean-Pierre Riou

À la veille de la COP 24 à Katowice, le projet politique polonais de l’énergie à horizon 2040 « Polityki energetycznej Polski » (PEP) a été dévoilé et restera en consultation publique jusqu’au 15 janvier 2019.

Alors que la Pologne a le privilège de disposer de la quasi-totalité de ses ressources énergétiques sur son propre sol, elle prévoit un programme ambitieux destiné à réduire drastiquement la part du charbon pour la ramener à 60% du mix électrique en 2030 et à 30% d’ici 2040, au lieu de 80% actuellement.

Le projet mise sur une augmentation de la consommation électrique, qui devrait passer de 165 TWh en 2018 à 232 TWh en 2040.

Sa présentation met en avant le caractère compétitif de l’énergie nucléaire, dont la compétitivité doit se concrétiser par la mise en service de 6 centrales nucléaires supplémentaires à partir de 2033 à raison d’une nouvelle centrale tous les 2 ans.

Dans une tribune, le ministre de l’énergie, Krzysztof Tchorzzwski avait évoqué l’opportunité pour le pays, qui comporte déjà 300 entités compétentes dans ce domaine, de développer des emplois hautement qualifiés.

Cette programmation de l’énergie mise sur le gaz de façon transitoire, ainsi que sur les énergies renouvelables telles que la géothermie et surtout l’éolien offshore et l’énergie solaire.

La surprise de taille est la décision de faire disparaitre les éoliennes terrestres du paysage polonais à horizon 2040.

Le graphique ci-dessous indique le programme d’évolution de leur puissance installée, commençant par un léger accroissement destiné à soutenir le rôle du gaz avant la mise en service de la première centrale nucléaire. Puis leur rapide suppression jusqu’à leur quasi disparition dès 2040.

Ilość mocy w elektrowniach wiatrowych lądowych
(Source : infographie du ministère de l’énergie)

Le ministre de l’énergie Krzysztof Tchórzewski a justifié ce choix par la vive opposition de la population polonaise.

Éoliennes et santé publique

Dans un avis d’août 2016, traduit en français par « Le Mont Champot », l’Institut de santé publique polonais (NIZP) réclamait une distance minimum entre éoliennes et habitations de 2 km en considérant « que les parcs éoliens situés trop près des immeubles destinés à l’habitat humain permanent sont susceptibles d’avoir un impact négatif sur le bien être et la santé des personnes vivant à proximité ».

Cet avis mentionne notamment la nécessité d’une distance de précaution entre « 1,5 - 3,0 km, sur la base du niveau sonore, en prenant en compte la modulation, les basses fréquences et les niveaux d’infrason ».

Lors de sa parution, l’avis faisait référence à l’étude de 487 publications scientifiques sur le sujet, par un lien, cassé depuis :
www.pzh.gov.pl/wp-content/uploads/2016/03/Stanowisko-NIZP-PZH-Farmy-wiatrowe-Bibliografia.pdf
dont un extrait de la première et de la dernière page sont reproduits ci-dessous.

Note de Friends Against Wind :
Nous avions sauvegardé cette étude complète en 2016. Elle est accessible ici : Stanowisko-NIZP-PZH-Farmy-wiatrowe-Bibliografia.pdf

Les scientifiques polonais ne sont d’ailleurs pas en reste sur ce sujet, notamment à travers des études concernant les effets physiologiques de l’exposition aux éoliennes sur des élevages d’oies et une autre sur des porcs, en fonction de la distance entre ces machines et leur lieu d’élevage.

La même année, la Pologne adoptait une loi interdisant la construction d’éoliennes à une distance des habitations inférieure à 10 fois la hauteur des machines.

Des assouplissements à cette loi avaient été consentis cet automne à l’approche de la COP24.

Mais la politique énergétique polonaise à horizon 2040 prévoit donc d’être plus protectrice encore.

Dès l’ouverture de la COP 24, son président, Michal Kurtyka avait imposé un volet de justice sociale en appelant l’ensemble des participants à signer la « Déclaration de Silésie pour une transition juste et solidaire », afin d’éviter que cette transition écologique puisse être le lieu des affaires pour les uns et du fardeau pour les autres.

En proposant la fin des éoliennes terrestres, ce projet de programme rappelle également qu’aucun objectif économique ou politique ne doit prévaloir sur le bien-être et la santé des individus.