Dernière mise à jour : 11 décembre 2017

Le Courrier Picard 31 mars 2017 Somme

On industrialise nos campagnes

Christophe Grizart, céréalier : « J’ai prévenu les promoteurs que je serai leur pire cauchemar. »

Christophe Grizart
Christophe Grizart devant l’un des premiers champs d’éoliennes à Voyenne, jeudi 30 mars.

Par Ludovic Lascombe

Président de l’Asen, Christophe Grizart mène depuis deux ans le combat contre les éoliennes.

Il sera à la tête du cortège de la manifestation à Péronne, samedi 1er avril. Christophe Grizart, agriculteur céréalier à Quivières, dans le canton de Ham, est surtout connu pour être le président de l’Association pour la sauvegarde de l’espace naturel de nos villages en Pays hamois (Asen), depuis sa création en janvier 2015.

À la base, cet exploitant agricole dont la famille travaille dans ce secteur d’activité de génération en génération est plutôt favorable à cette énergie durable et à tout ce qui contribue à la préservation de l’environnement. Mais une rencontre avec deux promoteurs d’une société commercialisant cette énergie ayant le vent en poupe dans le département a radicalement fait changer sa position.

« J’ai prévenu les promoteurs que je serai leur pire cauchemar »

« Un ami agriculteur avait été approché. Il m’avait proposé de les rencontrer car ils cherchaient des terrains dans la région. Nous avons mangé ensemble et bu quelques bières (rires). En confiance, ils ont commencé à tenir un discours assez différent de ce qu’ils tiennent habituellement. J’ai de suite flairé l’arnaque et je leur ai répondu que c’était un refus catégorique et que même je serai leur pire cauchemar ! » confie avec un petit sourire Christophe Grizart qui a donc tenu parole en prenant la tête de la fronde contre la prolifération des éoliennes dans l’est de la Somme.

« On assiste à une industrialisation de nos campagnes. On dénature l’aspect de notre territoire rural en le verticalisant ! Nous avons la chance d’avoir un espace vierge avec un horizon plat. C’est notre seule richesse qu’on veut nous enlever », tonne le président de l’Asen, qui a réussi à fédérer de nombreux collectifs, habitants et élus dans ce combat faisant penser à celui du pot de terre contre le pot de fer. « Il y a une forte pression de l’État et des sociétés d’éoliennes qui ne respectent pas la démocratie. Ainsi, lors de l’enquête publique pour le parc éolien de Douilly-Matigny, 90 % des habitants ont refusé le projet et 28 communes sur 31 ont délibéré contre. Cela n’a pas empêché le commissaire enquêteur d’émettre un avis favorable ! »

Cependant, ce dernier ne veut pas être considéré comme un anti-éolien primaire. « Je trouve même que sur un plan esthétique ces mâts avec leurs grandes hélices sont majestueux. Mais on ne dit pas assez que ce n’est pas une énergie 100 % propre », assure-t-il.

« On veut bétonner le Santerre, la sainte-terre, la meilleure terre de France »

Christophe Grizart, céréalier :

« Il y a 600 litres d’huile dans les rotors qui peuvent s’échapper à tout moment et 2 600 tonnes de béton armé au pied des mâts. Le jour où ceux-ci seront démontés, il restera ces trous énormes sur lesquels plus rien ne pourra repousser. En fait, si on laisse faire, c’est la terre du Santerre (sainte terre) qui sera bétonisée. Pour un gain à court terme, doit-on accepter ce prix à payer pour les générations futures ? » lance ce Don Quichotte de la Somme qui, contrairement à celui de la Manche, espère trouver une meilleure issue dans son combat contre ces moulins à vent des temps modernes.