Dernière mise à jour : 7 décembre 2018

L’Union 10 novembre 2018 Aisne

Quand l’éolien aura tout saccagé, que restera-t-il ?

« Ce projet se développe en souterrain, on se sent vraiment les dindons de la farce. »

Non aux éoliennes industrielles - Sauvons la Thiérache !!!
Nathalie Fourdrignier, en quelque sorte lanceur d’alerte, grâce à son affiche, renseigne les habitants des alentours sur le projet d’implantation d’éoliennes relativement méconnu.

Par Sophie Ughetto

Éparcy — « Je me suis rendu compte que les gens n’étaient pas au courant », renseigne une gérante de maisons d’hôtes. Elle a installé une pancarte pour révéler l’existence d’un futur parc éolien.

Comme beaucoup de personnes qui tiennent des maisons d’hôtes — et à Éparcy, il y en a deux — Nathalie Fourdrignier est amoureuse de la Thiérache, son calme, sa verdure, la vue plongeante sur les arbres qui roussissent en automne, une vue qu’offre sa grande maison sur plusieurs étages. D’ailleurs, cette maison, La Villa des Tilleuls, est « l’investissement d’une vie », après l’avoir acquise « en ruines » il y a 25 ans. Seulement voila. La Thiérache est la cible de nombreux promoteurs éoliens. « Bientôt, une réunion sera organisée à Éparcy pour dévoiler les projets qui se prévoient en souterrain », argumente Nathalie Fourdrignier, avec, pour l’instant, à la clé, « 8 éoliennes, au lieu de 13 au départ », pour le « Parc éolien de la Tirroye ».

« Ce projet se développe en souterrain, on se sent vraiment les dindons de la farce »

Le projet s’étale sur plusieurs années et en plusieurs phases. Il a débuté en 2013, avec des études de faisabilité et pourrait aboutir en 2020. Le dossier est optimiste : il prévoit même une « inauguration » du parc en 2021 alors que la date de l’enquête publique n’est pas fixée. Mais de tout cela, peu de personnes sont véritablement informées.

« Ici, il y a 13 maisons, 32 habitants. La moitié n’est pas au courant. L’autre moitié, ce sont ceux qui sont concernés, argumente Nathalie Fourdrignier qui, depuis qu’elle a affiché une grande pancarte noire et orange (aux couleurs d’Halloween, certes, mais placardée bien avant la fête qui fait peur), a commencé a recevoir des coups de fil et des conversations d’habitants du voisinage, effrayés.

« L’éolien, ici, mais quand on aura tout saccagé, que restera-t-il ? s’emporte la défenseure du territoire en résumant les propos de ses interlocuteurs. Les vaches, elles produisent moitié moins de lait quand les pales d’éoliennes tournent à côté de leur pâture. Les personnes souffrent de fatigue, de troubles du sommeil, de troubles de concentration. Moi, quand je vais à Saint-Quentin et que je passe à côté des éoliennes, ça me tourne. Je ne regarde pas, sinon je ne me sens pas bien. Il faut dire que j’ai le vertige, aussi. J’y suis sensible. »

Les raisons de s’opposer à ces installations « envahissantes », Nathalie Fourdrignier en a à revendre, même si, assure-t-elle : « Au début, je n’y étais pas opposée. » Parmi celles-ci, le problème du stockage, un point également développé par Jean-Louis Doucy, ancien président de l’ex-communauté de communes de la Thiérache d’Aumale, lors d’une réunion alertant des conséquences néfastes de l’éolien, cette fois à Dorengt. Nathalie Fourdrignier déplore : « Une fois l’électricité produite, elle ne peut pas être stockée. C‘est produit, mais c’est dans le vent… Ce n’est même pas utile. Le rendement est trop faible. Et l’électricité produite ne bénéficie pas à ceux qui sont directement sur place. » L’argument que l’éolien nuit à l’économie et au tourisme est aussi évoqué.

« Quand plus personne ne viendra voir les églises fortifiées, il sera déjà trop tard »

« Au commencement, des éoliennes il n’y en avait qu’à Montcornet. Maintenant c’est partout. Les élus se battent depuis 40 ans pour rendre la Thiérache touristique, restaurer les églises thiérachiennes. Et maintenant qu’il y aura des éoliennes, c’est se tirer une balle dans le pied. Déjà que l’économie, ça ne va pas très fort, si, en plus, tout le monde s’en va parce qu’on aura tué le tourisme et que les gens ne voudront plus habiter ici, qu’est-ce qu’on fera ? On ne pourra pas revenir en arrière. » Ce serait en effet dommage de faire fuir les touristes alors que l’on vient d’apprendre que la RN 2 pourrait enfin être dédoublée.