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Le Canard enchaîné 22 juillet 2015 FranceFrance

Éoliennes en mer, même pales peur

Algues, poissons, oiseaux apprécieront-ils les éoliennes d'EDF ? Mystère.

DES éoliennes géantes vont bientôt pousser au large de Courseulles-sur-Mer (Calvados), à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) et à Fécamp (Seine-Maritime), à une dizaine de kilomètres du rivage... Mais quels effets auront-elles sur le milieu marin ? On n'en sait rien. Et ce ne sont pas des écolos qui le disent, mais la très sérieuse Autorité environnementale (AE). Dans trois avis portant sur les parcs éoliens, rendus entre mars et juin, elle recale les études d'impact « insuffisantes » pondues par EDF Energies nouvelles. Et qui ne peuvent que l'être, vu qu'il manque les données scientifiques pour les réaliser...

En 2011, l'Etat lance un appel d'offres pour cinq parcs éoliens, à 2 milliards d'euros chacun, dont il fixe les emplacements. Quatre sont remportés par EDF EN. Pour construire les fondations du parc éolien de Fécamp, 1 million de mètres cubes de roche et de béton devront être coulés en mer. Au large de Courseulles, 33 hectares de fonds rocheux marins seront artificialisés.

Laminaires, nous voilà !

Problème : selon l'AE, à cet exact endroit, on trouve « une grande richesse d'algues » (laminaires, padine queue de paon) qui fournissent « abri, nourricerie et nurserie » aux coquilles Saint-Jacques, bars, daurades grises, morues, etc. Et dont EDF EN « ne dit mot ». On le comprend : il n'existe aucune étude sur ces fonds rocheux permettant d'estimer les pertes, question poissons. Gênant, quand la seule activité économique du coin est la pêche...

Quant au parc éolien de Saint-Nazaire, il se tiendra sur le banc de Guérande. Lequel nourrit 70 % de la population française de l'eider à duvet, un oiseau qui a pratiquement disparu après le naufrage de l'« Erika ». Impact des éoliennes sur les eiders ? « Négligeable », affirme évidemment EDF EN, qui s'appuie sur des projections fournies par son cabinet d'études. Et jure que les puffins des Baléares, fous de Bassan, mouettes pygmées et autres oiseaux protégés ne seront pas hachés menu par les pales de ses éoliennes. Affirmation gratuite : aucun scientifique ne s'est encore penché sur la question de la surmortalité des oiseaux due à des parcs éoliens offshore. Les Hollandais ont bien quelques données, sauf que leurs parcs sont riquiqui à côté des grandioses projets français...

De même, EDF EN décrète « nul » l'impact de l'aluminium dont seront tartinées les éoliennes pour lutter contre la corrosion sur la qualité des eaux. Or, objecte l'AE, « très peu d'études existent [attestant] d'une dilution parfaite de l'aluminium dans la mer ». Conclusion : « L'Autorité environnementale regrette que la décision de développer l'énergie éolienne offshore n'ait pas été aussitôt accompagnée de l'effort de recherche approprié. » Mais pourquoi s'inquiéter ? Les éoliennes, c'est écolo ! Alors tant pis pour l'environnement...

Professeur Canardeau

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Le Canard enchaîné - 22 juillet 2015