Dernière mise à jour : 24 mai 2018

Science Technologies Actions 20 avril 2018 France

La Science face à l’utopie en politique

Lettre ouverte du collectif Science Technologies Actions (STA) à Monsieur le Président de la République française.

Make our planet great again

Par Philippe Charlez, Jean-Pierre Riou, Michel Simon pour le collectif Science Technologies Actions*
* Groupe d'action pour la promotion des sciences et des technologies, composé de salariés du secteur public, privé ou indépendants, chercheurs, ingénieurs, techniciens, médecins, enseignants, agriculteurs et autres citoyens consternés par la marginalistaion de la science et les attaques incessantes contre les technologies innovantes, nous entendons faire entendre la voix de la raison, de l'approche scientifique et du progrès, notamment auprès des décideurs politiques et des médias.

Science Technologies Actions
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Il y a un an, l’Académie des Sciences publiait le « Libre point de vue d’académiciens » (1) rédigé par son Comité de prospective en énergie : « La question de la transition énergétique est-elle bien posée dans les débats actuels ? »

Les académiciens attiraient l’attention sur la difficulté à équilibrer un réseau électrique avec des énergies renouvelables mais intermittentes et mettaient en évidence la distance qui sépare le rêve de la réalité en rappelant que « les nuits sont partout longues à la même période en Europe et les anticyclones souvent simultanés chez nous et nos voisins. »

Ces scientifiques rappelaient la véritable rupture technologique nécessaire pour parvenir à stocker l’énergie pour un coût acceptable par la collectivité et faisaient comprendre le caractère utopique d’une telle politique à court ou moyen terme.

Les ruptures technologiques ne se décrètent pas. Pourtant nous assistons aujourd’hui à une fuite en avant du système électrique européen qui doit renforcer des interconnexions toujours plus lointaines afin de répondre à des déséquilibres en progression rapide.

La même année, l’Académie des Sciences publiait un rapport (2) dénonçant les difficiles questions posées par l’intermittence des énergies renouvelables sans que cette position fondée et argumentée ne vienne troubler la tranquillité d’élus qui, enfermés dans leur idéologie, adoptèrent in fine la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV).

Loi considérée dès à présent comme inapplicable sur plusieurs points.

Chronique d’un échec annoncé

Il n’appartient pas à la Science de décider de la politique énergétique. Mais il est consternant que les avis scientifiques rencontrent si peu d’échos dans les médias et soient suivis d’aussi peu d’effets dans la définition des politiques publiques.

D’autant plus que les inquiétudes exprimées par l’Académie des Sciences sont partagées par les quatre Académies nationales françaises et allemandes (3), France Stratégie (4) et la Cour des comptes européenne (5).

Sans surprise, le suivi ministériel de la « Stratégie Nationale Bas Carbone » (SNBC), publié en janvier 2018, fait état de lourdes dépenses (5,6 milliards € en 2017) en soutien aux énergies éoliennes et photovoltaïques et d’une absence totale de résultat (6).

L’échec de cette politique n’est pas une spécificité française. En Allemagne, le développement de 100 GW intermittents éolien/solaire (plus d’une fois et demie la puissance du parc nucléaire français) n’a pas permis de remplacer un seul MW (7) de la puissance pilotable de son parc électrique depuis 15 ans, ni d’enregistrer une réduction des émissions de CO2 (8).

La proie pour l’ombre

La politique énergétique européenne feint d’ignorer le caractère pour le moins aventurier de ses choix. La France devra en supporter l’essentiel des conséquences. Lâchant la proie pour l’ombre, c’est son pôle d’excellence technologique et industriel qu’elle sacrifie en subventionnant les productions intermittentes au détriment des investissements stratégiques de long terme. Aussi bien dans le domaine de la sécurité des réacteurs existants que celui des « réacteurs du futur ».

C’est désormais la Russie qui a concrétisé les promesses de notre Superphénix avec son BN 800, sacré en 2016 meilleure centrale au monde par la presse américaine (9).

Un avenir menaçant

Il importe que les coûts, les moyens et les bénéfices attendus de la politique énergétique soient portés à la connaissance et la compréhension du grand public. Il s’agit d’apprécier les conséquences de la fermeture prématurée de réacteurs nucléaires pourtant jugés sûrs par l’Autorité de sûreté (ASN) et du choix de promouvoir les énergies renouvelables intermittentes (EnRi), imposant aux réacteurs nucléaires le lissage nécessaire pour assurer en continu l’approvisionnement des consommateurs.

L’objectif de réduction de 50% de la part du nucléaire à l’horizon 2025 inscrit dans la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) vient d’être jugé irréaliste par N. Hulot. La préparation de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) devant être révisée fin 2018 invite à redéfinir avec sérieux et pragmatisme certains axes de la politique énergétique française.

Le Ministre a exprimé le souhait que le débat ne soit pas « confisqué par les experts » et déclaré de façon inquiétante que « nous sommes à l’aube d’une révolution dont on ne connaît pas encore le point d’atterrissage » (10).

Cette déclaration fait craindre que dans ce débat public engagé depuis le 19 mars, l’idéologie prenne le pas sur la science, l’émotion sur la raison et l’obscurantisme sur les Lumières.

Les enjeux de la politique énergétique française et européenne sont trop importants pour continuer de négliger les réalités scientifiques au profit d’utopies hasardeuses ou de calculs politiques. L’émotion n’a pas sa place dans le débat énergétique.

Il serait dommageable pour la Nation que des arbitrages se fassent en son nom.