Dernière mise à jour : 12 décembre 2017

Claude Brasseur 30 mai 2016 Belgique

Le thorium pour les curieux

Le mot « thorium » fait peur, il fait penser « uranium » et notre pensée glisse vers « Tchernobyl », cette centrale militaire qui nous fait encore peur 30 ans après ! Si j'affirme, du haut de mes compé-tences en physique nucléaire, que le thorium est sans danger, je ne récolte que méfiance. Il est donc utile de présenter cette source d'énergie verte, sans danger, éternellement disponible partout sur la planète. Son prix de revient par Kwh fourni n'excède pas quelques cents !

Thorium
Le thorium n'est pas plus radioactif que le monde qui nous entoure...

Par Claude Brasseur,
mathématicien, chercheur dans le domaine des énergies renouvelables
brasseurvossen@skynet.be

S'il faut parler de ce métal (1), c'est parce qu'il est le meilleur combustible pour les centrales nucléaires civiles. Et il faut mettre l'accent sur « civiles » car les centrales actuelles sont toutes suceptibles d'offrir l'occasion de faire des bombes, il y a risque d'incendie en cas d'accident, voulu ou non, elles risquent de répandre des gaz radioactifs ! Les centrales actuelles sont d'abord militaires. Elles ont été « civilisées ».... elles restent dangereuses.

Si les centrales actuelles sont avant tout militaires, c'est pour une raison bien regrettable : seuls les militaires ont pu bénéficier des investissements énormes nécessaires avant d'arriver à un outil offrant l'énergie la moins coûteuse.

Le thorium est le plus souvent un sous-produit de l'extraction d'autres minéraux. Il y en a partout, la France en stocke des milliers de tonnes sans précautions car sa manipulation ne présente aucun danger : il n'est pas plus radioactif que le monde qui nous entoure...

S'il est si peu radioactif, comment peut-il nourrir des centrales nucléaires ? Le thorium est classé « fertile ». Cela veut dire que, dans un réacteur adapté, il se transforme en uranium 233 aussi fissible que l'uranium 235 des réacteurs actuels. L'uranium 233 est une vraie plaie pour ceux qui voudraient faire des bombes car il est toujours accompagné d'autres isotopes – ils seraient tués par les rayons gamma avant de pouvoir les fabriquer - mais ne présente aucun problème pour les civils qui n'ont aucune raison d'extraire l'uranium 233.

Claude Brasseur
Claude Brasseur

Le réacteur (2) le plus prometteur, testé depuis les années 1950, est celui dit « à sels fondus ». Il s'agit de faire circuler à plus de 550°C du fluorure de thorium (mélangé à du fluorure de lithium) enrichi d'un peu de matière fissible pour le démarrage. Dans la chambre principale que traverse le sel, il y a fission – l'uranium libère son énergie et fabrique du nouvel uranium – et dans le reste de la tuyauterie on s'arrange pour lui prendre ses calories et fabriquer de l'électricité. Tout cela se passe sans que les matériaux radioactifs soient sous pression. Ceci contrairement aux réacteurs actuels qui sont sous très haute pression... et risquent de se vider de leur vapeur d'eau en cas de choc violent.

En pratique, quel que soit l'incident, accident ou acte terroriste, aucune matière radioactive ne se répandra dans le voisinage d'un réacteur au thorium. La sécurité est totale et passive. « Passive » signifie qu'il ne faut rien faire pour que le réacteur s'arrête tout seul quel que soit l'évènement et refroidisse naturellement.

Il est utile de savoir que le thorium se prête à la production de petits réacteurs pouvant être produits à la chaîne en quelques jours... et non pas en 15 ans comme le nouveau modèle qu'AREVA tente de terminer. AREVA jette le discrédit sur tout le nucléaire : les coûts deviennent prohibitifs !

Il faudra réunir sur un site, plusieurs SMR (Small Modular Reactor), pour créer une centrale électrique usuelle. Ici, le fonctionnement sera d'une souplesse d'emploi totale... et le prix du Kwh ne dépassera pas 2 centimes !

Face à la volonté de Greenpeace et autres « écolos » de nous imposer pour toujours les déchets des centrales nucléaires actuelles, nous avons les réacteurs au thorium qui les consomment tout en en produisant très peu eux-mêmes... déchets qui sont brûlés au cycle suivant ! Et le mot de la fin est nécessairement :

installons des centrales au thorium qui utilisent un combustible (3) disponible en abondance, qui sont sans danger pour nous, qui ne laissent pas de déchets dangereux à nos descendants, qui offrent une énergie vraiment verte et peu coûteuse !

Par Claude Brasseur - 30 mai 2016