Dernière mise à jour : 15 novembre 2018

La Manche libre 5 novembre 2018 France

« Les éoliennes, c’est une affaire de fric »

Entretien — Le normand Denis de Kergorlay sonne la charge contre les « barbares de l’industrie éolienne » et leurs mensonges.

Par Philippe Bertin

Denis de Kergorlay
Denis de Kergorlay

Quelle mouche vous a piqué pour signer ce brûlot contre les éoliennes dont vous estimez qu’elles dégradent nos paysages et notre patrimoine ?

Vous avez raison, c’est un brûlot et je le revendique comme tel. Il est le fruit d’un long cheminement. Je suis engagé sur les problèmes de patrimoine depuis qu’à l’âge de trente ans un château m’est tombé dessus ! Avec Europa Nostra, une Fondation qui milite depuis 1963 pour la sauvegarde et de la protection du patrimoine et pour laquelle le problème de l’éolien s’est rapidement posé, j’ai constitué un petit groupe de travail sur le sujet. Il se trouve aussi que l’un de mes cousins, chef d’entreprise, se bat aussi contre l’implantation d’éoliennes qui défigurent le Berry, sa région. Du coup, ensemble, nous avons souhaité raconter notre combat commun.

Vous dénoncez ce que vous appelez les barbares de l’industrie éolienne ? Qui sont-ils donc ?

Précisément les promoteurs de ces implantations, des gens sans foi ni loi et sans aucun scrupule, sans respect aucun qui avec le concours d’investisseurs et d’industriels étrangers, notamment danois, allemands et chinois, se sont engouffrés dans un marché fabriqué de toutes pièces, entièrement artificiel, qui repose sur un prix de rachat de l’électricité deux fois supérieur au prix du marché. Ce dispositif, véritable appel d’air favorisé à l’époque du gouvernement Jospin est en réalité une affaire de fric, un placement en or qui profite à tous ces investisseurs, à ces promoteurs, à l’ensemble des clients, propriétaires de terrains qui y voient une réelle opportunité avec la bénédiction d’élus et de responsables publics, préfets ou sous-préfets, dont on a bourré le crâne.

Pourtant, de nombreux projets en faveur de parcs éoliens dits citoyens se multiplient à travers la France.

Moi, j’aimerais comprendre les modèles économiques de ces micro-projets de proximité. Je demande à voir !

Dans votre ouvrage, vous parlez d’utopie écologiste ?

Le mouvement écolo est né dans les années 70, il correspondait alors à l’envie d’un vrai retour à la nature, conduit chez nous à l’époque par René Dumont, un tiers-mondiste. On rêvait tous d’un monde meilleur. Les écologistes dans leur quête de pouvoir ont alors fait peu à peu un focus sur le programme nucléaire. Cela ne manquait évidemment pas de pertinence mais de là à prétendre qu’on peut remplacer cette industrie nucléaire, parce que jugée trop dangereuse, par l’éolien constitue un vrai mensonge. Regardez le modèle allemand, c’est un contre sens épouvantable : on a remplacé là-bas les centrales nucléaires par des forêts d’éoliennes tout en continuant à produire le pire charbon qui soit ! L’Allemagne est avec la Pologne le dernier de la classe en Europe en terme de pollution atmosphérique !

Vous en appelez aux grands auteurs que sont Giono, Chateaubriand ou La Varende pour magnifier les paysages et demander leur protection. N’est-ce pas trop passéiste ?

Pas du tout. Défendre le patrimoine, c’est défendre le legs des générations antérieures. « Du passé faisons table rase » est l’un des slogans les plus stupides que je connaisse. On doit savoir d’où l’on vient.

Précisément, en quoi l’implantation d’éoliennes menacerait-elle notre patrimoine ?

Je ne suis pas un opposant systématique aux énergies renouvelables. L’hydrolien ou le solaire peuvent constituer d’excellentes alternatives. Ce qui m’inquiète, c’est de voir à quel point notre environnement peut être défiguré par ces implantations. Regardez ce qui s’est passé à proximité de la cathédrale de Coutances : à quoi servent ces éoliennes ? C’est une pure aberration.

Quant au Mont-Saint-Michel, on a évité le pire parce que des combats ont été menés pour empêcher ces implantations. Je pose la question : les implantations éoliennes sont-elles utiles et nécessaires ? Pour moi, c’est du pipeau, une réelle mystification ! C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité écrire ce livre.

Châtelain engagé

Denis de Kergorlay, propriétaire du château de Canisy, a longtemps milité au sein de Médecins sans Frontières dont il fut le trésorier national. Jusqu’à peu Président d’Europa Nostra qui défend le patrimoine culturel en Europe, il dirige à Paris le prestigieux Cercle Interallié.

Risque sanitaire

C’est avec Pierre Dumont, son cousin, que Denis de Kergorlay signe cet ouvrage intitulé : « Éoliennes, chronique d’un naufrage annoncé » (Éditions François Bourin). À l’appui d’une étude réalisée par l’Académie de Médecine, il y dénonce notamment le risque sanitaire que représenterait l’implantation d’éoliennes.

Éoliennes : Chronique d’un naufrage annoncé
L’ouvrage dénonce le ’’lobby’’ éolien. — Philippe Bertin