Dernière mise à jour : 17 septembre 2018

L’Humanité 9 mars 2018 France

Nicolas Hulot navigue à vue sur la transition énergétique

Pour pallier au recul du nucléaire dans les prochaines années dans la production d’électricité, Nicolas Hulot confie au Figaro qu’il compte « principalement » sur « le solaire, l’éolien et la méthanisation ».

Nicolas Hulot, ministre d'État, ministre de la Transition écologique et solidaire (photo : OEA - OAS CC BY-NC-ND 2.0)

Par Gérard Le Puill

Sur une page et demie dans le cahier saumon du Figaro de ce 9 mars, Nicolas Hulot répond aux questions de Bertille Bayard et Marc Cherki alors que doit s’ouvrir un débat public sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). L’entretien porte de manière quasi exclusive sur la production électrique. En France, cette dernière ne fait qu’une consommation minimale d’énergies émettrices de gaz à effet de serre, tandis qu’augmente sans cesse celle de la circulation routière. Ainsi, le fioul ne fournit que 0,6% de notre énergie électrique, le charbon 1,4% et le gaz 6,6%. L’éolien nous fournit en moyenne 3,9% de notre consommation annuelle d’électricité et le solaire 1,6%, quand l’hydraulique fournit 12% et le nucléaire plus de 72%.

D’entrée, Nicolas Hulot informe les lecteurs du Figaro qu’il veut « un débat qui ne soit pas confisqué par les experts, un consultation où on s’additionne, plutôt qu’on s’oppose. Rêvons un peu… J’espère qu’à l’issue les experts, les politiques et les citoyens partageront la même vision. Nous n’engageons pas seulement notre politique énergétique, mais aussi notre modèle social et notre modèle économique », dit-il

Questionné sur ce que sera ce « modèle énergétique de demain », le ministre de la Transition écologique et solidaire répond : « Nous sommes à l’aube d’une révolution dont on ne connaît pas encore le point d’atterrissage. Nous passerons d’un modèle très centralisé fondé sur les énergies fossiles et le nucléaire, à un modèle fait d’une grande diversité de sources d’énergies, plus proches des lieux de consommation et dont les citoyens pourront être à la fois les producteurs et les consommateurs. J’aimerais que cela nourrisse plus de désir que d’angoisses », poursuit le ministre.

Reste à savoir quel sera le prix d’une transition énergétique fondée sur la sortie du nucléaire pour les consommateurs ? Quelle sera parallèlement l’évolution des émissions de CO2 dans la production électrique puisque Nicolas Hulot, tout en reconnaissant l’impossibilité de ramener la part du nucléaire à 50% de notre production électrique en 2025 comme le prévoyait la loi de transition énergétique votée en 2015, dit vouloir « y arriver le plus vite possible », ajoutant que « ce sera un point de rencontre entre pros et anti nucléaires ».

Cherté de l’électricité et bilan carbone élevé en Allemagne

Est-ce vraiment ainsi qu’il convient de conduire le débat ? L’Allemagne a programmé pour 2022 sa sortie définitive du nucléaire. Elle a pris beaucoup d’avance sur la France dans la promotion des énergies renouvelables. Mais le prix du MWh de consommation électrique pour les ménages allemands est de 296,9€ contre 168,5€ pour les ménages français. Comme la progression des énergies renouvelables ne suffit pas pour compenser le recul du nucléaire, la consommation de charbon augmente outre Rhin dans la production d’électricité. Du coup, en 2014, les émissions de CO2 provenant de la combustion des énergies fossiles étaient de 8,9 tonnes par habitant en Allemagne contre 4,3 tonnes en France, ou la circulation automobile ne cesse pourtant de croître.

Ces comparaisons chiffrées nous montrent deux choses. Dans un pays dont la production électrique provient à 72% de l’énergie nucléaire, une réduction rapide de la place de cette énergie dans notre mix énergétique ferait exploser le prix de l’électricité et les émissions de CO2. Sans les centrales nucléaires la production électrique impliquerait un recours accru aux énergies fossiles pour palier à l’intermittence du solaire et de l’éolien. Ajoutons que la montée en puissance de ces deux énergies dans le monde va vite confronter la planète à une pénurie de métaux comme le cuivre et surtout ceux qui proviennent des « terres rares » détenues par peu de pays dans le monde.

Pour pallier au recul du nucléaire dans les prochaines années dans la production d’électricité, Nicolas Hulot confie au Figaro qu’il compte « principalement » sur « le solaire, l’éolien et la méthanisation ». Les deux premières sont des énergies intermittentes. Quand on n’a plus de nucléaire, les jours sans vent et sans soleil impliquent une relance massive des énergies fossiles. Quand à le méthanisation, les paysans allemands améliorent sa performance énergétique en introduisant dans les fosses à lisier des élevages bovins et porcins des millions de tonnes de maïs et des betteraves broyés afin d’accélérer la fermentation produisant du méthane que l’on transforme en électricité. Ce sont autant de terres en moins pour produire de la nourriture pour les humains et pour le bétail.

Trop nombreux pour avoir assez de pétrole

Puisque nous héritons d’une situation issue de décisions prises au XXème siècle avec près des trois quart de notre électricité provenant du nucléaire, mieux vaut bien entretenir les centrales sous le contrôle rigoureux de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), indépendante depuis 2006, plutôt que d’avoir, en même temps, à surinvestir dans d’autres secteurs et à subir le coût du démantèlement accéléré de plusieurs centrales en bon état de marche que l’on arrêterait prématurément.

Ajoutons que le réchauffement climatique nous pose d’autres questions auxquelles Nicolas Hulot ne semble pas vouloir répondre depuis qu’il est devenu ministre alors qu’il les abordait avant. Des questions que Jean-Marc Jancovici, ingénieur et consultant en énergie et climat pose en ces termes dans un article de la revue Clefs de janvier 2018. Selon lui « à 7 milliards sur Terre, nous sommes trop nombreux pour avoir assez de pétrole, de gaz et de charbon pour en consommer jusqu’à plus soif (…) La transition énergétique de notre temps présente donc une caractéristique nouvelle : elle ne permettra pas de passer comme ce fut le cas jusqu'à présent, d’un système à un système plus performant… ».

Raison de plus pour ne pas liquider de manière accélérée une production électrique sans émission de gaz à effet de serre que nous donnent encore les centrales nucléaires.