Dernière mise à jour : 20 mars 2019

Infodujour10 décembre 2018 France

Qui va payer la fermeture de Fessenheim ? En attendant les autres…

Qui sait aujourd’hui en faisant son plein d’essence qu’il paie les éoliennes réalisées avec du matériel importé ?

Par Loïk Le Floch-Prigent
Conseil en énergie, chez Llfp

Loïk Le Floch-Prigent
Loïk Le Floch-Prigent

Point-de-vue. « Fermer pour des raisons idéologiques des installations (parmi les 58 réacteurs nucléaires) qui marchent et qui sont amorties est stupide » affirme Loïk Le Floch-Prigent en rappelant que « les énergies renouvelables nous coutent 8 milliards d’euros par an. »

On chiffre généralement le cout de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, prématurée et injustifiée techniquement, à 4 milliards d’euros.
Compte-t-on là-dedans les souffrances des salariés et de l’ensemble de la cité ? On peut en douter, mais retenons néanmoins cet ordre de grandeur . Ce chiffre de 4 milliards on le retrouve aussi dans les hausses de taxes, sur la baisse de l’ISF… C’est devenu une unité de compte.

« Où passe notre argent, celui de nos impôts », scandent les manifestants tous les jours, et l’on jette de l’huile sur le feu en travestissant la réalité car on oublie systématiquement le cout d’une politique énergétique absurde et décidée depuis une dizaine d’années sous la pression de militants antinucléaires se disant écologistes.

Moi je regarde le secteur de l’énergie, car depuis le Grenelle de l’Environnement nous payons très cher une politique suicidaire et comme l’État est impécunieux, il est allé chercher l’argent d’abord chez les producteurs d’électricité (EDF et ENGIE avec des ventes d’actifs) puis chez les consommateurs d’électricité (15 % de CSPE + 15 % de TVA) et enfin chez les automobilistes (la TIPP devenue la TICPE 60 % des pleins de carburants).

Énergies renouvelables

Fermer pour des raisons idéologiques des installations (parmi les 58 réacteurs nucléaires) qui marchent et qui sont amorties est stupide et supposerait que nous soyons riches, très riches et que nous ayons envie de gaspiller l’argent des Français. Certains irresponsables ont commencé par Fessenheim et veulent continuer les prochaines années, il me semble que les Français s’expriment en disant qu’ils ne veulent plus payer… On ne peut que les approuver. Si les centrales nucléaires, après carénage, sont aptes à poursuivre leur fonctionnement, il est scandaleux de vouloir les arrêter en oubliant de dire que les consommateurs vont devoir payer le double ou le triple leur électricité, accepter des ruptures de courant, et des augmentations des dépenses de carburants.

Ensuite on a orienté le pays vers les énergies renouvelables en déclarant « le soleil et le vent nous donnent de l’énergie gratuite ». Où est la gratuité ? Les énergies renouvelables nous coutent 8 milliards d’euros par an, en attendant beaucoup plus si les éoliennes en mer voient le jour ! Et ce sont désormais les automobilistes qui paient l’addition en plus de toutes les autres. On peut décider d’une politique, encore faut-il avoir le courage de la présenter au peuple. Qui sait aujourd’hui en faisant son plein d’essence qu’il paie les éoliennes réalisées avec du matériel importé ?

Économiquement absurde

Enfin on entend depuis des semaines que la complémentarité de l’énergie nucléaire et des énergies renouvelables est désormais assurée ! Et ainsi on oublie la nécessité de l’énergie thermique (les affreux fossiles) pour assurer les pics de production rendus nécessaires par le caractère intermittent du climat, du soleil et du vent.

De qui se moque-t-on ? La France est-elle assez riche au point de pouvoir faire fonctionner en flexibilité une énergie bâtie comme une base ! N’importe quel élève de sciences physiques sait que ce qui est dit là est absurde, non pas techniquement mais économiquement. Les réacteurs nucléaires sont faits pour fonctionner en base, en continu, au maximum de leurs possibilités, c’est ainsi que l’on peut les rentabiliser et assurer leur longévité. Je pense, à cet égard, avoir eu de bons professeurs, ce sont ceux qui ont construit notre potentiel électrique. Découvrir aujourd’hui pour satisfaire des démagogues voulant plaire aux antinucléaires que l’on va « flexibiliser » le fonctionnement des centrales nucléaires jusqu’à 80 % et ceci deux fois par jour est dément, l’électricité nucléaire sera ainsi plus chère et les centrales se fragiliseront. Pourquoi dit-on cette énormité ? Pour faire passer une augmentation des éoliennes et autres jusqu’à 40 % de la production !

La production à base de vent est intermittente, mais comme il n’y a pas de stockage elle est prioritaire sur le réseau et on juge que la complémentarité est thermique, gaz ou charbon, comme nous l’ont montré les Allemands. En diminuant le nucléaire et en augmentant le renouvelable intermittent, on demande au flexible évident de prendre le relais des « pics » de consommation, c’est-à-dire aux énergies fossiles. Diminuer le nucléaire revient donc à augmenter les fossiles et donc les émissions de CO2, le carbone considéré comme un crime contre le climat.

Il faut savoir ce que l’on veut

Si le climat est prioritaire, les centrales nucléaires doivent toutes être conservées et produire au maximum de leurs possibilités. Il ne faut pas mettre sur le réseau trop d’énergies intermittentes pour ne pas entamer la rentabilité de ces réacteurs. La situation actuelle est largement suffisante, arrêtons le programme de multiplication des éoliennes ! En ce qui concerne le solaire l’utilisation des toits peut être un bon moyen d’équilibrer le réseau, mais les fermes solaires conduisent aux mêmes problèmes que les éoliennes. Hydraulique et méthanisation sont pilotables et ne sont donc pas en cause. Et, bien sûr comme on l’a vu les hivers derniers, le maintien du thermique à 5000 MW installé est une nécessité, inutile de faire de la démagogie sur les centrales charbon qui sont 1 % du fonctionnement et qui, en plus, sont en train de se transformer en mix biomasse-charbon. Tout autre solution est techniquement stupide et économiquement mortifère. Dites-le aux gilets jaunes !

Si l’on regarde le problème de la pollution des villes, il faut, soit limiter la concentration urbaine, soit réaliser des programmes de mobilité alternatifs, cela n’a rien à voir avec la production électrique.

Si l’on veut réduire la note des consommateurs et des contribuables il faut arrêter le programme dit de concurrence conduisant les producteurs à vendre leur production à leurs concurrents, EDF affronte 70 concurrents en France ! De qui se moque-t-on ? Des Français bien sûr qui n’arrêtent pas de recevoir des offres alléchantes de compagnies qui leur promettent des tarifs exceptionnels et une électricité « verte » et « propre » sur le dos d’EDF et donc du contribuable et sur leur dos de consommateur.

Oui, il est clair pour l’énergie que l’idéologie antinucléaire (dite écologiste) et l’idéologie libérale (la concurrence dans un monopole naturel) envoient le pays dans le mur et les Français dans la rue, ayons pour une fois le courage d’affronter cette réalité.