Dernière mise à jour : 21 août 2017

Parlement d'Australie17 mars 2014AustralieAustralia

Les tactiques sordides d'AGL à la centrale éolienne de Macarthur

Le sénateur australien John Madigan continue son combat contre une industrie éolienne corrompue.

Dans son discours au Sénat, il explique comment une des compagnies d'électricité les plus connues d'Australie, AGL, a tenté d'influencer les médecins de campagne dans leur traitement des résidents vivant à proximité de la centrale éolienne de Macarthur.

Senate Hansard fragment (transcription officielle en anglais)

Transcription écrite officielle

Traduite en français par l'association ADTC

Sénateur MADIGAN (État de Victoria) (22:19) : Ce soir, je prends la parole pour parler de la relation entre les citoyens et leurs médecins, et de la façon dont cette relation peut être dévoyée. Mais pour commencer je vais donner à cette assemblée quelques éléments de contexte. En Janvier 2012, des chercheurs de la très renommée Ecole de Médecine de Stanford ont publié un rapport qui révèle que les industriels du tabac ont conduit pendant des décennies une campagne soigneusement orchestrée pour manipuler les médecins spécialistes en ORL. L'objectif était d’apaiser les préoccupations du public qui s’inquiétait de plus en plus du fait que le tabagisme puisse être mauvais pour la santé.

Cette campagne menée par les industriels du tabac à partir des années 1920 s’est prolongée pendant plus d'un demi-siècle. Vous m’avez bien entendu : cette campagne a duré plus d'un demi-siècle. Les industriels du tabac sont parvenus à influencer les médecins de telle sorte que ceux-ci non seulement véhiculent l’idée que le tabagisme était une activité saine, mais aussi qu’ils aillent jusqu’à recommander de fumer pour soigner les irritations de la gorge. Pour ce faire, les industriels du tabac ont abreuvé les médecins à la fois de baratin et de pots-de-vin. Pendant très longtemps, cette campagne a été conduite de façon systématique, et avec succès. Il est donc clair que le corps médical n'est pas à l'abri de pressions extérieures, et qu’il n’est insensible ni aux incitations financières, ni à l'attrait des subventions pour la recherche et des financements issus du mécénat d’entreprise. Dans le monde réel, ces choses-là arrivent, et les conséquences pour nos concitoyens sont dévastatrices.

L’Australie n'est pas épargnée par tout ceci. Un article paru en 2006 par Susan Engel et Brian Martin, de l’Université de Nouvelle-Galles-du-Sud, affirme que les entreprises disposent d’une panoplie de techniques pour dévaluer, diaboliser, discréditer ou dénigrer les victimes de leurs activités. Les entreprises peuvent étiqueter les victimes comme étant des égarés, ou des ignorants, ou des râleurs ; des égoïstes ; des vindicatifs ; des marionnettes manipulées par des activistes anti-business ; voire même des criminels. L’article cite le PDG de la société CSR qui, vers la fin des années 1980, faisait référence aux plaignants du dossier de l’amiante en les traitant de "simulateurs". En Australie, l’industrie de l'amiante a dissimulé des éléments de preuve médicale concernant les effets sur la santé de la poussière d'amiante depuis au moins le milieu des années 1930 jusqu'à la fin des années 1970. Encore en 1976, un pamphlet de James Hardie niait catégoriquement le moindre risque pour les consommateurs de produits contenant de l'amiante. Et ce avec la complicité de certains secteurs de l'industrie médicale - et je fais exprès ici d’utiliser le mot "industrie".

Il nous est facile, avec le recul, de poser sur ces pratiques passées, pratiques de corruption et de vénalité, le regard horrifié de rigueur. Et nous espérons que cela ne puisse plus jamais se reproduire dans notre pays. Mais cela m’amène à parler d’un exemple actuel qui concerne une entreprise australienne de premier plan, bien connue de tous, et qui a tenté d'influencer et d’intervenir dans les relations entre nos concitoyens et leurs médecins. J'ai en ma possession un courrier rédigé par une de nos entreprises de production d'électricité, Australian Gas Light (AGL), que tous les Australiens connaissent et que beaucoup tiennent pour une marque fiable. En Novembre 2012, AGL a écrit aux médecins de 12 centres médicaux dans l'ouest de l’Etat de Victoria à propos d’une de ses unités de production d’électricité, le parc éolien de Macarthur. Ces centres médicaux desservent un territoire de plusieurs centaines de kilomètres, depuis Hamilton au nord jusqu’à Portland et Warrnambool au sud.

En substance, ce courrier a pour objectif que soit discrédité et ignoré tout patient qui, allant consulter chez un médecin, quel qu’il soit, ferait état d’une détérioration de son état de santé résultant du fait qu’il réside près du parc éolien de Macarthur. Voici là un exemple scandaleux de propagande d’entreprise visant à court-circuiter une interaction social, et ciblant ici directement les cabinets de consultation des médecins en milieu rural et les centres médicaux au niveau régional. Ce même courrier incitait tout médecin confronté à un patient faisant état de symptômes du syndrome éolien à renvoyer ce patient vers le site internet d’AGL consacré au parc éolien de Macarthur, ou à lui demander qu’il appelle l’équipe locale d’AGL chargée des relations avec la population. Si ce genre de courrier avait été émis par une entreprise concessionnaire de mines de charbon ou exploitante de gaz de houille, je ne doute pas que le sénateur Di Natale et les Verts auraient, fidèles à leur éthique sélective, hurlé au scandale moral. Ce courrier nie catégoriquement que le fait d’habiter à proximité d’un parc éolien puisse avoir quelque impact que ce soit sur la santé.

Ceci est un mensonge flagrant. Il est désormais de notoriété publique que de nombreux riverains du parc éolien de Macarthur ont été gravement affectés dans leur santé et ont été affectés régulièrement dans leur sommeil, et ce depuis le démarrage de seulement 15 des 140 éoliennes au début du mois d’Octobre 2012. En 2013, alors que cela ne faisait même pas un an que les éoliennes étaient en activité, une enquête sanitaire preliminaire a été menée, de façon anonyme, dans ce district, et les résultats sont stupéfiants. 23 familles environ ont répondu à cette enquête; il en est ressorti qu’environ 66 personnes dans un rayon de 8 kilomètres souffraient déjà des effets néfastes des éoliennes. Une fois de plus, AGL a complètement nié toute responsabilité. Il est à la fois extraordinaire et édifiant de voir que tant de familles qui ont vécu dans ce district heureuses et en bonne santé pendant 30 à 50 ans se sont toutes mises soudainement à tomber sérieusement malades au moment même où les éoliennes devenaient opérationnelles. Et il est de notoriété publique que, dans le monde entier, des gens vivant en rase campagne ou dans des chefs-lieux ruraux à proximité d’éoliennes souffrent de symptômes similaires.

Pour étayer sa propagande, dans son courrier aux médecins locaux en date du 13 Novembre 2012, AGL cite une organisation appelée "Alliance Climat et Santé". On y trouve un aréopage de professionnels de la santé publique qui ont pignon sur rue, tous proéoliens, tels que Fiona Armstrong, Liz Hanna, Peter Taft, Suzie Bourke, Michael Moore and Simon Chapman. On n’imagine pas une minute pouvoir considérer "Alliance Climat et Santé" comme une organisation indépendante en matière de santé. C’est un lobby proéolien focalisé sur les questions de santé; ceux de ses membres qui font partie du corps médical font fi de leurs obligations déontologiques et des connaissances scientifiques établies. Et est-ce-que ce courrier d’AGL aux médecins de l’Etat de Victoria a marché? J’ai sous les yeux une déclaration rédigée par Janet Hetherington, une dame qui habite dans la région. Elle dit que la réaction de son médecin par rapport aux symptômes dont elle souffre a radicalement changé après que celui-ci a reçu le courrier d’AGL. Janet dit qu’elle a ressenti ce changement comme un viol. Et elle a été obligée d’aller chercher à se faire soigner ailleurs.

Nous avons là, de la part d’une entreprise australienne de premier plan, un comportement contraire à l’éthique professionnelle, et malhonnête. Comme les industries du tabac et de l’amiante, la filière de l’éolien industriel sait depuis longtemps que ses activités rendent les gens malades. Je demande au gouvernement de prendre le plus rapidement possible les mesures nécessaires pour mettre en place un programme de recherche indépendant et de haut niveau sur les conséquences sanitaires des parcs éoliens.

La séance du Sénat est levée à 22 h 28

Discours traduit par l'ADTC

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