Dernière mise à jour : 28 avril 2017

Roger Lenglet & Jean-Luc Touly 27 octobre 2016 France

« Nous savons ce que nous voulons : de l’argent. Rien n’y résiste. »

« Nous prenons l’argent et nous plantons des tours géantes qui nous rapportent même si elles ne tournent pas. Et vous n’avez encore rien vu ! Les forêts nous intéressent beaucoup aussi... Nous allons en faire des usines à arbres, très au-delà de la gestion gentillette de l’Office national des forêts que nous finirons par privatiser. »

Un corrupteur moderne
Le « voyou bedonnant à col blanc »

Extrait du livre (pages 207 à 209) de Roger Lenglet et Jean-Luc Touly « L’armoire est pleine ! Le scandale des rapports enterrés de la République », paru le 27 octobre 2016.

Extrait :

Un corrupteur moderne

Le SCPC ne donne évidemment pas de témoignage direct de cette crapulerie de haut vol. Mais un lobbyiste travaillant pour des multinationales de l’énergie, attiré vers nous en lisant nos précédents livres d’enquête, en livre des détails :

« Pour nous, les soutiens européens au développement des énergies alternatives, par exemple, sont un trésor, une pure opportunité économique. Mon métier est de détourner ces aides vers mes commanditaires, par exemple en multipliant les collectivités qui acceptent de placer des éoliennes sur leurs terrains, notamment des élus propriétaires de terres, faciles à corrompre. Par exemple, on leur achète des hectares à prix d’or, en échange de décisions favorables pour implanter nos “moulins à vent” sur les espaces privés et publics. Je ne parle même pas des agriculteurs... »

Le « voyou bedonnant à col blanc », comme il aime à se nommer lui-même avec une jubilation goguenarde, mélange allègrement le cynisme, le pragmatisme et certaines valeurs :

« Notre but n’est pas de faire reculer la pollution aux énergies fossiles, nous venons juste prendre un maximum d’argent. Je pense que l’éolien est une excellente chose en soi pour la protection de la planète, j’ai d’ailleurs autrefois milité à un haut niveau chez les Verts puis je les ai quittés avec de nombreux experts environnementaux pour vendre nos services aux industriels, pour les aider à engranger les euros de Bruxelles. L’éolien, c’est bien mais nous trichons le plus souvent possible sur leur utilité là où le manque de vent devrait nous empêcher d’en placer. La manne européenne pour les éoliennes est une occasion en or que nous exploiterons jusqu’à saturation et même au-delà, et à laquelle nous sommes préparés depuis l’origine des textes européens, avant leur publication. »

Il voit loin :

« En gros, nous avons industrialisé les procédés de l’écologie. Là où vous pensiez à une éolienne sympa dans votre jardin pour rendre votre maison autonome, nous prenons l’argent et nous plantons des tours géantes qui nous rapportent même si elles ne tournent pas. Là où le mouvement écologiste se battait pour des inventions à dimension humaine, nous vendons des tours plus hautes que des cathédrales. Et vous n’avez encore rien vu ! Nous nous positionnons aussi sur les fonds européens qui arrivent pour soutenir le développement de la biomasse et d’autres grand marchés. Les forêts nous intéressent beaucoup aussi... Nous allons en faire des usines à arbres, très au-delà de la gestion gentillette de l’Office national des forêts que nous finirons par privatiser. Nous savons ce que nous voulons : de l’argent. Rien n’y résiste. Et comme je ne trouve pas ça sympa du tout, je me déteste d’ailleurs, je suis même prêt à vous balancer des noms de sociétés qui emploient mon savoir-faire auprès des élus. Nous sommes nombreux, ils ne me reconnaîtront pas si vous ne citez pas mon nom. »

Nous en avons pris l’engagement en échange de ses informations. Ses commanditaires sont des titans qui nous vendent déjà la gestion des éléments naturels depuis des décennies : l’eau, les déchets, l’énergie, et désormais l’air...