Dernière mise à jour : 24 mai 2018

Allô, Nicolas, pourquoi tu tousses ?

« Dès que les éoliennes furent dressées, les nuisances apparurent. Vrombissement permanent certains jours, effet stroboscopique, malaises, hécatombe d’oiseaux et de chauves-souris, flashs lumineux, etc. Surtout, modification profonde du paysage. »

Nicolas Hulot
Nicolas Hulot, ministre d'État, ministre de la Transition écologique et solidaire.

Par Pierre Van Ommeslaeghe, professeur de philosophie

Pierre Van Ommeslaeghe
Pierre Van Ommeslaeghe
Boulevard Voltaire 1er mai 2018 France

Éolien : détruire la nature pour protéger la nature ?

Allô, Nicolas, pourquoi tu tousses ?

Le Lévezou est un haut plateau situé en plein cœur de l’Aveyron. Une terre qui culmine à plus de 1000 mètres d’altitude. De nombreuses rivières alimentent des barrages hydroélectriques construits dans les années 50. Ces barrages avaient englouti des vallées entières, souvent les meilleures terres, recouvrant quelques hameaux et détruisant des écosystèmes. Mais la production d’électricité était une priorité nationale à l’époque, un projet d’intérêt public.
Les habitants avaient dû l’accepter et ceux dont les terres avaient été noyées furent indemnisés ou relocalisés. Par ailleurs, de nouvelles activités, touristiques, étaient nées grâce à ces lacs.
Terre ventée également, ce qui a attiré l’avidité des promoteurs de centrales éoliennes. Dès le début des années 2000, les premiers mâts se sont dressés. Au début personne ne s’est opposé. Ces éoliennes amenaient des revenus à quelques agriculteurs, des rentrées fiscales aux communes, et l’image de ces machines était positive.

Mais dès qu’elles furent dressées, les nuisances apparurent. Vrombissement permanent certains jours, effet stroboscopique, malaises peut-être dus aux infrasons, hécatombe d’oiseaux et de chauves-souris, flashs lumineux qui transforment le plateau en boîte de nuit, etc. Surtout, modification profonde du paysage. Aujourd’hui c’est une centaine de mâts qui se dressent et certains villages, comme Bouloc, sont cernés, installées sur d’autres communes, qui n’en subissent pas les nuisances mais en perçoivent les revenus.
Mais l’appétit des promoteurs n’est pas rassasiée pour autant et de nouvelles centrales sont en construction. Par exemple à Arques. Pour installer ses machines, le promoteur a décapé une zone humide de 5000 m². La police de l’eau appelée pour constater sa présence « omise » par l’étude d’impact, est arrivée trop tard. La couche superficielle qui aurait permis de juger de la présence d’une zone à protéger a disparu et la tourbe vendue. Il n’y a pas de petit profit.

Un peu plus loin, dans la commune de Ségur, les travaux d’une autre centrale nécessiteront de drainer le terrain. La tourbière, vieille de 5000 ans, située en aval ne serait donc plus alimentée et mourra petit à petit. On attend une réaction de la préfecture pour protéger ce qui peut l’être encore.

Ces zones humides, on le sait, sont des pièges à carbone. Elles accueillent une faune et une flore endémique exceptionnelle, rare et fragile. Elles ont mis des milliers d’années à se former. Et l’avidité de groupes financiers et industriels, soutenus par l’État, vient les détruire en une journée.
Au prétexte de lutter contre les gaz à effet de serre, on détruit des zones de stockage de ces gaz, alors même que, lorsqu’elles fonctionnent, ces machines remplacent l’électricité produite par des centrales nucléaires qui n’émettent pas de gaz à effet de serre… Et quand le vent s’arrête (le facteur de charge peine à dépasser les 20 % en 2017) ce sont des centrales thermiques, émettrices de gaz carbonique, qui doivent prendre le relais.

Au nom de l’écologie on injecte des tonnes de béton dans le sol, on défigure les paysages de France, on permet le massacre d’oiseaux et de chiroptères, et maintenant on détruit des tourbières.
Allô, Nicolas, pourquoi tu tousses ?