Dernière mise à jour : 28 avril 2017

Sénat australien 30 mars 2015 Victoria

Éoliennes et élevages de moutons en Australie

Le troupeau le plus proche des éoliennes avait agnelé avec un taux de seulement 37 pour cent, alors qu’ordinairement nous avions une moyenne de 85 pour cent pour nos mérinos.

On a eu la même expérience. Dans l’enclos des nôtres, qui est à 90 m d’une éolienne, où on avait toujours des taux de naissances de 85 %, nous avons eu entre 5 et 7 pour cent la première année d’exploitation des éoliennes. Inutile de dire qu’on ne fait plus agneler dans cet enclos !

Troupeau de mérinos
Troupeau de mérinos (photo : Fir0002/Flagstaffotos cc by-nc)

Les extraits de témoignages traduits ci-dessous ont été déposés par des citoyens le 30 mars 2015, face à la commission du sénat australien qui enquêtait sur la gestion réglementaire et l’impact économique des éoliennes industrielles.

Traduit de l’anglais par Friends Against Wind

Témoignage de M. Rogerson :

Bon après-midi, à Monsieur le Sénateur Madigan et aux membres de la commission d’enquête. Ma femme et moi, sommes des fermiers de troisième génération et nous vivons près des 32 éoliennes du parc éolien d’Oaklands Hill à Glenthompson, Victoria, exploité par AGL. Notre maison est à 2,5 km et le hangar de nos moutons à laine à 1,7 km de l’éolienne la plus proche, dans une zone considérée comme à haut risque d’incendie à cause de sa situation à proximité du parc national des Grampians. Le parc éolien d’Oacklands hill, qui est situé sur la ligne de crête d’un terrain accidenté dans un secteur salin que l’érosion creuse de galeries, sur un volcan éteint, a commencé à fonctionner en août 2011.

En septembre 2011, l’un de nos chiens de berger a été très malade. Peu après, nous deux avons commencé à ressentir un changement dans notre forme physique. J’ai commencé à me réveiller subitement la nuit avec des palpitations cardiaques, et ma femme a commencé à souffrir de bourdonnements et de vibrations dans les oreilles et à se réveiller souvent la nuit. Nous l’avons signalé à AGL, et ils ont réalisé des mesures de bruit à la bergerie et à notre domicile. AGL identifia ce qu’ils appelèrent un problème de tonalité lors des vents de trois à cinq mètres par seconde. Ils ont construit de nouveaux chenils près de la maison (afin d'éloigner les chiens des éoliennes - ils étaient auparavant à côté de la bergerie - note du traducteur). À partir du 14 mars 2012, neuf éoliennes à l’ouest de la route Caramut-Glenthompson ont été arrêtées la nuit de 8 heures du soir à 7 heures du matin, heure de l’est de l’Australie. En avril 2012, nous avons trouvé des agneaux malformés, ce que nous n’avions jamais vu auparavant pendant toutes nos années d’élevage. Lors de la commercialisation, nous avons remarqué que le troupeau le plus proche des éoliennes avait agnelé avec un taux de seulement 37 pour cent, alors qu’ordinairement nous avions une moyenne de 85 pour cent pour nos mérinos.

AGL nous a dit : « Nous allons mettre des amortisseurs sur les boîtes de vitesse des éoliennes pour arranger le problème de tonalité et remettre en route à pleine capacité en novembre 2013. » Quoi qu’il en soit, ça ne s’est pas fait. Mais vendredi dernier, le 25 mars 2015, les éoliennes ont toutes été remises en activité la nuit, après trois ans d’arrêt. Tant que les éoliennes ont été arrêtées la nuit, nous avons été capables de survivre et de travailler dans notre ferme. Même si les problèmes d’oreilles de ma femme et mes palpitations ont subsisté. Nos chiens de troupeau n’ont pas non plus complètement récupéré, leur personnalité et leur aptitude au travail sont restées nettement altérées. Et malgré tous les efforts que nous avons faits pour réduire les effets, en éloignant nos brebis pleines du parc éolien, il y a encore d’évidentes malformations.

Il y a un énorme problème entre les parcs éoliens et la vie. Les effets sont débilitants. L’Agence nationale de Santé doit enquêter dans nos exploitations et faire quelque chose au sujet des nuisances que nous devons endurer. En effet, il y a un réel besoin que, dans toute l’Australie, les éoliennes soient arrêtées la nuit pour assurer l’essentiel de la vie : le sommeil. Les recom-mandations courantes sur les parcs éoliens sont basées sur des critères dépassés et inappropriés, avec des mesures inexistantes pour les infrasons, les bruits de basse fréquence et les vibrations. On peut difficilement admettre qu’on construise des parcs éoliens là où ils génèrent des effets négatifs sur les humains et les animaux, et ont des impacts géologiques et environnementaux (y compris des risques d’incendie), et que dangereusement, on considère cela comme ayant malgré tout un bilan positif. Merci.

Questions des sénateurs à M. Rogerson et Mme Gardner :

Sénateur Canavan : M. Rogerson, avez-vous eu d’autres discussions avec AGL ? C’est bien la compagnie qui vous impacte ?

M. Rogerson : Oui. Ils ont fait des vidéos de l’agneau.

Sénateur Canavan : Avez-vous abordé la question des compensations pour l’impact sur votre activité ?

M. Rogerson : Non.

Sénateur Canavan : Vous n’avez pas du tout eu de discussions à ce sujet ? Ils n’acceptent pas qu’il y ait un lien direct entre les éoliennes et le pourcentage d’agnelage ?

M. Rogerson : Non, ils ne l’acceptent pas. Mais ils ont encore la vidéo, c’est eux qui l’ont prise.

Sénateur Canavan : Une vidéo de quoi ?

M. Rogerson : Des agneaux malformés.

Sénateur Canavan : Je veux juste mettre cela au clair : à votre avis, il y a un impact tant sur le pourcentage que sur les malformations ?

M. Rogerson : Oui

Sénateur Canavan : Est-ce que vous pouvez donner un chiffre approximatif du pourcentage ? Est-ce que ce pourcentage ne comprend que les naissances, ou est-ce qu’il tient compte des malformations ?

M. Rogerson : C’est sans tenir compte des malformations.

Sénateur Canavan : Est-ce que ça s’est réduit ? Et après que vous ayez déduit ce pourcentage, il y a aussi l’impact sur les agneaux qui sont incapables de vivre.

M. Rogerson : Nous faisons nos pourcentages quand nous marquons nos agneaux.

Sénateur Back : Et ce sont des enclos que vous avez utilisés pendant des années.

M. Rogerson : Oui, c’est ça.

Sénateur Back : Vous n’avez pas changé tout à coup et mis le troupeau des brebis pleines sous les éoliennes ?

M. Rogerson : Non, pas du tout. Ce qu’on doit faire maintenant, c’est éloigner notre troupeau, nos brebis reproductrices, de ce secteur et les mettre dans une autre partie de la propriété. Et c’est ce qu’on a essayé de faire.

Sénateur Canavan : Et chez vous, Mme Gardner, c’est la même chose ?

Mme Gardner : On a eu la même expérience. Dans l’enclos des nôtres, qui est à 90 m d’une éolienne, où on avait toujours des taux de naissances de 85 %, nous avons eu entre 5 et 7 pour cent la première année d’exploitation des éoliennes. Inutile de dire qu’on ne fait plus agneler dans cet enclos !

Sénateur Back : C’est descendu de cinq à sept pour cent ?

Mme Gardner : Non, non, seulement cinq pour cent.

Sénateur Back : D’agneaux marqués ?

Mme Gardner : Tout à fait. J’ai parlé à un voisin qui est de l’autre côté du parc éolien, et il a dit : « Eh bien, j’ai eu exactement la même chose ! » Il avait moins de 10 %. Mais bien entendu, il n’y a pas de contrôle. On ne va pas continuer à faire agneler dans cet enclos, parce que c’était une telle perte financière que nous avons tout simplement abandonné l’enclos.

Sénateur Canavan : Si je comprends bien, vous avez déménagé votre site d’agnelage.

Mme Gardner : Oui.

[...]

Mme Gardner : … Je ne peux même pas rentrer dans cet enclos ; le bruit, la vibration – juste le vrombissement.

Ce texte est un extrait traduit en français des pages 45, 46, 58 et 59 de la version intégrale en anglais disponible dans le procès verbal suivant :

Hansard (procès verbal)