Dernière mise à jour : 11 décembre 2017

Ghislaine Siguier 2 novembre 2015 FranceFrance

Éoliennes : pas de repos dedans et l’enfer dehors

« C’est quand j’ai été tirée du lit, vers les 3 h du matin, avec de violentes nausées, prise de panique, en sueur, n’ayant plus qu’une idée fixe, me sauver, que j’ai fait le lien. »

Maison et éoliennes

C’était un petit village d’un calme exemplaire, assez éloigné des axes principaux et de la voie ferrée. Pas d’industrie, pas de commerces, 350 âmes vivant dans la meilleure entente. Parfois on se serait cru seul au monde dans ce silence.

Puis une maison s’est vendue, une nouvelle famille s’est installée. Il se disait promoteur éolien avec mission d’implanter des éoliennes sur toute la côte ouest. Nous étions tous favorables à l’éolien et lui avons ouvert les bras. Il lui fallait une vitrine pour son commerce et nos élus ont saisi la balle au bond. En secret. Lorsque nous avons appris l’existence du projet, il était achevé. Ce qui nous a choqués, c’était d’abord la réaction offusquée d’une élue, apprenant la nouvelle par la presse. Notre maire clamait pourtant que tout s’était fait dans la transparence ! Ce qui nous a contrariés, c’était la hauteur de ces machines, 135 m en bout de pale, et la proximité du lieu d’implantation ainsi que l’endroit, jugé à l’unanimité le plus pénalisant pour le village. Ce qui était illégal, c’était que nos élus soient parties prenantes dans le projet, décisionnaires et bénéficiaires, mais nous avait affirmé le maire, « il s’agit d’un projet d’utilité publique ». Quant aux élus, ils se sacrifiaient pour la bonne cause, devenus d’un coup de baguette magique, de vrais écolos !

Nous avons tenté de faire déplacer le lieu d’implantation et le type de machines. Trop tard, le « promoteur » n’était qu’un VRP de cette marque, il n’était pas question de modifier quoi que ce soit. Ce fut une longue bataille, à armes inégales : des boulettes de mie de pain contre des blindés.

Nous avions eu beau mettre en avant le niveau sonore annoncé par la fiche technique 103 dB, (fiche aussitôt retirée du site Internet du promoteur), les effets des infrasons dont nous avions appris l’existence, l’impact sur la valeur de l’immobilier, rien n’y fit, même pas les enquêtes publiques. D’abord le commissaire enquêteur a nié l’objet du projet. Ces quatre grands cercles sur le plan que nous n’avions même pas pu voir dans un premier temps, nous contraignant à revenir en groupe, ne représentaient pas forcément des éoliennes. Il pouvait s’agir de bassins de lagunage, ou d’antennes relais, ou, ou… Pour la seconde enquête publique, les avis défavorables étaient nettement majoritaires. Beau succès car il avait fallu braver la menace du maire : « il y aura du retour de bâton pour ceux qui s’opposeront ! » Cela n’avait pas été un frein pour le commissaire enquêteur qui avait délivré, sans aucun état d’âme, tournant au ridicule les craintes des opposants, un avis favorable. Le Préfet, quant à lui, avait son idée : pas d’éoliennes à moins de 900 m des habitations, mais, après de très longues réflexions, lui faisant dépasser le délai de plus de cinq mois pour signer le permis de construire, il s’était décidé, juste avant de prendre son fameux décret des 900 m !

Elles sont arrivées d’Allemagne au printemps, par tronçons, énormes sur des camions hors gabarit précédés de CRS. La grue phénoménale est arrivée du Jura avec le personnel. Le village s’est transformé en chantier géant, des panneaux « Achtung » ont fleuri accompagnés de gardien et molosse. Un boucan infernal, de la poussière, l’apocalypse.

Panneau Achtung

Puis elles se sont dressées, immenses. Certains, qui n’avaient osé s’opposer, ont commenté : « Ben si on avait su qu’elles seraient aussi hautes, on n’aurait pas été d’accord ! » Elles ont commencé à tourner, et nous nous sommes crus à Roissy un jour de grand départ. Tout le ciel résonnait de ce boucan, de jour comme de nuit.

Dès le début je les ai senties entrer en moi, elles prenaient possession de mon cœur, comme la batterie d’un orchestre « boum-boum ». Je vibrais des pieds à la tête. Ce qui nous a fait comprendre le départ précipité du « promoteur » ayant vendu sa maison dès la première éolienne implantée. Il n’allait pas supporter lui-même les nuisances coûteuses (14 M€) qu’il venait d’ériger sous nos fenêtres !

II ne fallait rien dire. C’était le mot d’ordre. Nous aurions des sous en compensation, se répandait notre maire dans la presse. Puis les sous furent captés au passage par le département et la communauté de communes. Notre maire, avec cette logique qui n’appartient qu’à lui, a fait le tour de la presse locale pour déplorer que nous ayons à subir les nuisances sans percevoir notre part d’IFER, ce qui n’était pas juste. Nous avions les nuisances, il était normal que nous soyons dédommagés !

Oui, sauf que de nuisances, il ne devait pas y en avoir, avait affirmé le promoteur, et qu’il était interdit d’aborder le sujet, sous peine de se faire qualifier d’en être une soi-même ! Le sommeil est devenu plus improbable, tant le niveau sonore, auquel nous n’étions pas habitués, nous stressait. Rester dehors, pour profiter de son jardin est devenu, certains jours, totalement impossible. Plus de repos dedans, l’enfer dehors. Maux de tête, acouphènes sont entrés dans ma vie. Ceux qui ne ressentaient rien, ou le prétendaient, fidèles au « il ne faut rien dire », haussaient les épaules ! « C’est dans votre tête ! » Autant se taire ! C’est beaucoup plus tard que j’ai perçu les infrasons, du moins consciemment. Car si nous en avions eu connaissance avant l’implantation, cela restait de la théorie. Personne n’en avait tâté ; comment le cas échéant le saurions-nous ? Je me souviens d’avoir lu un témoignage d’une femme qui avait des nausées la nuit, et d’avoir haussé les épaules en pensant : il ne faut quand même pas exagérer ! Oui, mon sommeil était devenu agité, je ne trouvais de repos que dans la forêt landaise où nous avions installé notre caravane et où nous nous évadions assez souvent, mais je ne savais pas relier mon malaise aux infrasons.

C’est quand j’ai été tirée du lit, vers les 3 h du matin, avec de violentes nausées, prise de panique, en sueur, n’ayant plus qu’une idée fixe, me sauver, que j’ai fait le lien. Il ne manquait plus que ça ! Toute ma vie j’avais subi le mal des transports, le mal de mer, et voilà que dans un lit stable, dans une chambre parfaitement horizontale, je ressentais le mal de mer ! Dès la seconde fois, j’ai attrapé une couette, des chaussettes, un oreiller et je suis partie au loin. Je percevais toujours ce petit bruit obsédant, comme une vrille dans ma tête. J’ai expérimenté tous les villages, choisissant la place de la mairie comme dortoir… Jusqu’à 18 km je percevais cette litanie obsédante, enfermée dans ma petite voiture sans aucun confort.

Puis j’ai eu des douleurs cardiaques. « Déménagez le plus vite possible » m’a ordonné ma généraliste. Soit, mais avec quels moyens ? J’abandonne une maison que j’ai restaurée pendant plus d’une décennie, et je loue un taudis ? « Allez passer une ou deux semaines chez votre fille, pour vous reposer », avec une boîte d’Alprazolam en prime ! J’obtempère car je suis à bout. À mi-parcours, je constate que mon cœur ne serre plus, que ma tête est redevenue libre. Grand bonheur. De courte durée car au milieu de la nuit j’entends cet espèce de bruit indescriptible, insupportable, signature inimitable des infrasons éoliens ! 9 km à vol d’oiseau me séparent des éoliennes de Lacombe. J’ai fait 500 km pour me retrouver à la case départ !

De retour chez moi, après un automne sous vents d’ouest humides trois semaines consécutives où pas une nuit de repos n’est permise, pour profiter d’un soudain rayon de soleil je pars marcher avec une amie. D’un coup je tombe sur la chaussée, mes lunettes me cassent le nez. L’urgentiste me déclare : « Beau travail, bravo ! ». Je rétorque : « Oui et je suis tombée sans raison, comme une crêpe qui retombe dans la poêle ! ». Il me lance un regard aigu. Je pense : il ne me croit pas ! « Ma petite dame, nous allons procéder à des examens du cœur, etc., car contrairement à ce que vous affirmez, on ne tombe jamais sans raison ! ». Examens négatifs, il s’installe avec son bloc-notes : « Alors parlons un peu de votre vie, de votre sommeil... ». Directement ou indirectement les infrasons ont causé cette chute. À qui se plaindre ? Personne ne me croit, même pas mes enfants. « Tu n’as qu’à mettre des boules Quies ! » Et te taire, c’est le refrain classique des sceptiques. J’enrage.

La vie continue, maux de tête, acouphènes, humeur de bouledogue, insomnies, nausées, douleurs cardiaques, les mêmes maux, ce qui varie c’est l’ordre de passage de ceux-ci, en fonction de la force du vent, de son orientation, de l’humidité.

Avant les élections je demande à la première adjointe qui a toutes les chances d’être élue, ce dont je me félicite, un peu d’intelligence ne pouvant nuire, s’il y a une chance de faire arrêter les éoliennes la nuit ? - « Si tu n’es pas contente, tu n’as qu’à déménager ! », le téléphone m’en tombe des mains ! En en reparlant six mois plus tard, alors qu’elle est élue, que nous discutons sur le trottoir, j’en profite pour glisser : « Trouves-tu normal qu’à 65 ans je sois obligée d’aller dormir sur la banquette inconfortable de cette petite voiture ? » En femme pratique elle me répond : « Achètes-toi un camping-car et pars à 30 km pour aller dormir au calme ! » C’est alors que je lui parle de mes nouveaux maux, je me croyais pourtant copieusement servie, apparemment je pouvais mieux faire. Voilà que mon corps vibre. Des vibrations fines, un peu comme lorsque l’on grelotte. Au début cela me prenait lorsque je changeais de position, en particulier derrière les genoux. Ces vibrations s’installent maintenant de plus en plus souvent. Elle est dubitative.

Le temps passe sans que rien ne change. Mes courriers à la préfecture restent sans effets. Impossible de faire arrêter ces éoliennes la nuit, ou simplement lorsqu’elles ne produisent pas. Car ce sont des Enercon E66 sans boîte de vitesses qu’un léger souffle peut entraîner – voire pas de souffle du tout, puisque même par temps de brouillard où pas une molécule ne bouge, elles tournent, bien secondées par fée électricité. À se demander si elles ne transformeraient pas du courant nucléaire en courant éolien ! Le gestionnaire se vante de leur fonctionnement de 95 à 96,4 % du temps, soit l’équivalent en nuisances pour nous autres les cobayes vivant dessous ! Elles ne s’arrêtent que pour la maintenance (de jour) ou lorsque ERDF n’approvisionne pas le réseau.

Une nuit, brutalement, une « décharge électrique » traverse mon cerveau ! Comme un éclair d’orage dans le ciel ! Il est accompagné d’un bruit « métallique ». Et ce ne sera pas la seule ! Ce qui devient rare, c’est une nuit sans décharges électriques ! Un soir, couchée en chien de fusil en attendant que le lit se réchauffe, je reçois une décharge fulgurante et aussitôt mes jambes repliées, remontent vers mon thorax. Ceci en quelques secondes se produira trois fois, me laissant totalement désemparée.

Au fur et à mesure du temps de nouvelles manifestations sont apparues, sans effacer les précédentes, sans savoir quels sont les dégâts occasionnés dans mon organisme. Je suis fatiguée, je perds mon souffle, tout effort m’épuise, je me recroqueville sur moi-même, je n’ai plus de vie sociale, je ne peux plus respecter un horaire, un rendez-vous, je peux me coucher à n’importe quel moment, ne tenant plus debout, j’ai besoin de récupérer, l’obsession d’une nuit de vrai repos ne me quitte plus. Mon moral est très bas. Je n’ai plus aucun espoir. L’éolien industriel est une industrie sans morale, uniquement avide de fric. Partout où elle passe, elle corrompt les élus. Elle ruine les peuples. Elle se prétend verte et elle est noire. Elle prétend résoudre des problèmes de pollution alors qu’elle en crée. C’est une truqueuse, une illusionniste dangereuse.

Ghislaine Siguier

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Témoignage de Ghislaine Siguier - 2 novembre 2015