Dernière mise à jour : 28 avril 2017

Monsieur et Madame X 16 septembre 2016 France

Une famille riveraine d’éoliennes

Témoignage recueilli avec l’accord de M. et Mme X, qui acceptent de livrer leurs ressentis et leurs symptômes au Dr Y.

Témoignage médical

Ce témoignage a été transmis aux membres de la commission chargée de l’élaboration des directives de l’OMS relatives au bruit dans l’environnement en Europe :

Témoignage recueilli à leur domicile par le Dr Y, le ../../..

La retranscription est volontairement effectuée dans le respect profond des termes forts et sincères exprimés par les participants. Les termes et certains détails sont importants car ils apportent un éclairage sur la réalité de symptômes qu’on qualifie de conditionnels : ces symptômes ne se manifestent que dans des conditions particulières de fonctionnement des éoliennes. Des critères posturaux très précis de survenue des symptômes indiquent aussi que les symptômes ne sont pas une construction psychologique ou hystérique : au contraire ils accréditent la thèse selon laquelle ces symptômes sont la conséquence d’une perturbation du système vestibulaire de l’oreille interne.

Madame X

Quels sont les symptômes actuels ?
Des céphalées anciennes mais nettement aggravées depuis … l’intrusion des éoliennes dans son environnement. Avec des névralgies faciales. Premier certificat de son médecin traitant, le Dr Z : « céphalées d’aggravation progressive depuis 1 an, troubles du sommeil depuis 1 an, acouphènes et névralgies faciales ».

Deuxième certificat médical du même médecin le ... : « trouble du sommeil, sensations vertigineuses et manifestations en rapport avec un traumatisme sonore chronique ».

Avant : Mme X est une femme très active, mère de ... enfants qui fait de nombreux métiers : ................ Et n’a jamais eu d’arrêt de travail.

Elle souffre de tachycardie depuis 20 ans mais depuis les éoliennes « son cœur est bizarre ». Avant les épisodes étaient simples et rares, depuis les éoliennes « le cœur est comme embarqué ». Par moment il semble suivre le rythme des éoliennes et s’accélère quand les éoliennes s’accélèrent et cela malgré le traitement bien suivi (rythmodan et visken). Ces épisodes surviennent la nuit et le cœur se met à suivre la cadence des éoliennes : « ça ne sert plus à rien de voir le médecin ni même d’aller aux urgences de ... parce que quand j’arrive à ... le rythme du cœur s’est normalisé parce qu’il n’y a plus les éoliennes... »

« Il y a toujours cette impression de se faire embarquer par les machines ». Monsieur X dit : « J’ai bien connu ça. Au régiment on s’amusait avec un ronfleur, un de ses copains imitait le bruit du ronfleur sur le même rythme que le ronfleur. Puis il accélérait tant et tant que le ronfleur se réveillait en état de panique... »

Autre manifestation de Mme X :

Une fatigue chronique intense qui est attribuée à la privation chronique de sommeil. Cette fatigue se répare avec du sommeil.

Acouphènes

Névralgies faciales

Vertiges rotatoires vrais, type vertiges de Ménière mais déclenchés par les éoliennes avec cette sensation de se faire embarquer par les machines. Alors ces vertiges sont accompagnés de nausées et de transpiration avec sensation de malaise. Pour lutter, elle suit les conseils d’un médecin : « surtout ne pas fermer les yeux mais fixer quelque chose les yeux grands ouverts pour stabiliser le système vestibulaire perturbé, responsable du vertige. »

Sensation de tête pleine ou à l’inverse de tête très vide. « Quand la tête est pleine, c’est le bruit qui passe dedans ». Les boules Quies n’ont aucun effet car le son est produit dans la tête. Cela semble être un bruit produit par la vibration des structures internes sur les parois dures du crâne.

Autre exemple de manifestation très récente (la semaine dernière) : à 4 h 30 réveil brutal par la sonnerie du réveil très intense : après vérification le réveil ne sonne pas mais la sonnerie, elle, va continuer ½ heure dans la tête.

Depuis environ 1 à 2 ans apparaît un phénomène nouveau : quand Mme X est réveillée la nuit et qu’elle se lève dans l’obscurité, il lui arrive de se perdre dans l’espace ; dans le noir elle n’arrive plus à s’orienter pour se diriger dans sa propre chambre (trouble de l’orientation spatial qui survient seulement quand les éoliennes la réveillent et la perturbent au point de se lever).

Elle prend depuis ..., depuis les éoliennes un somnifère, une demi-dose et ne suit pas les conseils du médecin qui en prescrit une dose plus importante : « car il faut quand même bien dormir un minimum ». Le somnifère lui apporte du calme. L’endormissement est tardif et difficile mais elle attend avec calme. Elle s’endort et le sommeil dure tant que les éoliennes sont à basse cadence : parfois 2 h, parfois 4 h. Le rythme des éoliennes s’accélère quasiment toutes les nuits sans doute sous l’effet de vents thermiques nocturnes. Elle se lève toujours à 7 h 30 car « elle ne veut pas vivre à l’envers à cause des éoliennes » alors elle lutte et se lève même avec seulement 2 h de sommeil.

Mme X a bon moral et ne ressent aucun symptôme de dépression et ne se plaint pas d’angoisse. Elle ne ressent aucune crainte ni peur. Cependant elle n’aimerait pas vivre seule chez elle avec les éoliennes et tous ces bruits : ils ont dénombré environ 21 bruits différents des éoliennes.
Certains sont très forts et très intenses. Et puis il y a ces risques de foudre en cas d’orage : déjà 2 fois ils ont vu « une boule de feu passer dans la maison depuis les éoliennes ». Ils en donnent une description exacte. « Et puis il y a les arbres ou arbustes foudroyés eux aussi dans le jardin. Cela fait peur les jours d’orage ».

Mme X n’a aucune manifestation de trouble psychologique ou de syndrome de stress post traumatique. (pas de flash, pas d’idées récurrentes, pas de cauchemars, pas de crise d’angoisse).

Mme X signale la présence de sang dans les selles à plusieurs reprises, cela date de quelques années (2 ou 3 et cela persiste).

Monsieur X

Homme solide, ex-agriculteur, qui était capable de faire du cross.

M. X est très actif et s’occupe de multiples activités personnelles et associatives. C’est un homme sociable et ouvert. Il a toujours refusé de prendre des médicaments pour remédier aux conséquences des éoliennes et en particulier des troubles du sommeil.

Les céphalées (maux de tête) sont quasi constantes. Elles sont postérieures. M. X les supporte, il est parfois terrassé, abruti par elles. Il doit alors prendre du diantalvic aujourd’hui remplacé par du doliprane. Il se réveille le matin « avec une gueule de bois : la tête toute encombrée ».

Il souffre surtout de trouble du sommeil : le soir il s’endort tôt car il est très fatigué et l’endormissement est facile. Mais il se réveille dès que les machines « sont actives » ; le réveil est variable : 1 h ou 2 h ou 3 h du matin, rarement plus tard. Il n’a jamais une nuit complète.

La gène est plus importante en décubitus latéral : la posture compte. En décubitus dorsal (couché sur le dos) les bruits internes sont moins forts. « Quand l’oreille est sur le côté, ça tourne dans le cerveau ».

À 7 h 30 tous les matins les machines ralentissent (elles sont réglées pour ça). Dans les 5 minutes suivant cette accalmie, M. X se rendort pour quelques heures. L’après-midi il doit faire une sieste. S’il travaille toute une après-midi dehors ou dans son atelier qui est à ... mètres des éoliennes, alors il ressort abruti, la tête bizarre. Toute pleine.

Quand il y a beaucoup de vent, il se lève le matin plus fatigué que quand il s’est couché le soir.

Il a pu identifier une vingtaine de bruits différents. Il y a des bruits plus intenses que d’autres. Les bruits les plus forts se produisent quand le vent tourne un peu et que les éoliennes se réorientent pivotant sur leur axe et cela sans s’arrêter : cela provoque des sons de vibrations importants qu’il ressent dans le lit lui-même et dans sa structure corporelle. Il s’agit plus de manifestations vibro-acoustiques que du son produit par le frottement des pales sur l’air.
D’autres sons sont générés par les aérogénérateurs avec un bruit de 105 dB et les ventilateurs avec un bruit de 72 dB.

Depuis l’installation des éoliennes :

Il décrit des troubles digestifs qu’il ne connaissait pas auparavant. Les examens sont normaux et il souffre d’un colon irritable.

Son humeur est un peu modifiée peut-être à cause de la fatigue avec une irritabilité qu’il tente de gérer au mieux.

Il expectore souvent avec des hémoptysies qui lui semblent banales tellement elles sont habituelles (présence de sang dans les expectorations). Il n’y avait pas de sang avant les éoliennes.

Il a remarqué des épisodes de dyspnée c'est-à-dire de gêne respiratoire importante qui coïncide aux semaines qui suivent le ponçage à l’air libre des pales (les pales sont poncées sur place : l’éolienne est arrêtée et les pales mises dans l’axe du mât. Les pales sont poncées depuis une nacelle sur le mât : la poussière importante s’envole).

M. X décrit aussi quelques bouffées d’angoisse qui surviennent plutôt dans la nuit : il s’agit d’une oppression, d’une gène brutale. Mais ces phases sont très courtes : quelques secondes. Ces épisodes coïncident avec de violentes secousses de vibrations qui sont brutales et font bouger le lit. C’est au cours de ces secousses que des objets accrochés au mur tombent.

Il souffre d’une fatigue intense. Mais il reste actif et ne se décourage pas. Il se sent très bien dès qu’il s’éloigne de chez lui et la fatigue disparaît très vite : il se sent léger et n’a plus alors « cette tête bizarre ».

Il y a 3 ans environ M. X a été touché brutalement par une surdité qui l’a amené à être appareillé.

En résumé M. X souffre principalement de trouble du sommeil, de céphalées, d’une surdité et d’une sensation de tête encombrée malmenée et ceci la nuit. Dans la journée il se dit moins gêné d’autant que sa vie d’agriculteur l’a habitué aux bruits ambiants assez forts (machines, tracteurs...). Mais là, l’effet du bruit est très différent car c’est un bruit qui « vous passe dans la tête », comme s'il était même généré par la tête. Le bruit est à l’intérieur.

M. et Mme X souffrent depuis 1 à 2 ans de larmoiements inexpliqués : les yeux sont très irritables et pleurent spontanément très fréquemment dehors comme dedans. Ces larmoiements spontanés restent inexpliqués (pas d’infection, pas de conjonctivite, pas de trouble oculaire).

Autres témoignages

Autres témoignages, recueillis ou lus dans le dossier constitué par Mme X pour faire valoir son préjudice de santé.

Une petite-fille de M. et Mme X de 2 ans ½ se réveille le matin et dit :
« Mais Mamie pourquoi le lave-linge marche tout le temps ? »

Celle de 5 ans se plaint de douleurs importantes dans l’oreille aussi fortes qu’une otite et pleure beaucoup. Le soir dès le retour à son domicile toute douleur a disparu. Elle n’a ni rhume ni otite.

J., leur petite-fille souffre de ... Elle ne parle que dans son langage. Elle est très attachée à sa grand-mère avec qui elle aime se promener. Quelques temps après l’implantation des éoliennes elle va passer quelques jours chez ses grands-parents : le séjour tourne rapidement au cauchemar.
J., d’habitude heureuse et tranquille dans ce lieu devient très agitée, elle ne se contrôle plus, ses troubles de comportement sont très importants, elle est opposante, agitée, incontrôlable. Elle est visiblement dans une très grande angoisse et semble beaucoup souffrir. Elle va fuguer pendant plusieurs heures, ce qu’elle n’avait jamais fait. Le séjour est écourté et sa maman la ramène dans sa maison : elle est épuisée et mettra plus d’une semaine à retrouver un état normal pour elle. Depuis cet épisode, J. n’a jamais plus passé plus d’une journée chez ses grands-parents.

M. B. habite un peu plus loin. Il a un très bon sommeil et peut dormir n’importe où. Sauf chez lui : quand il revient le W.E. sur ..., il ne dort pas : les éoliennes le réveillent. De nombreuses séquences de son émission de télévision « …… » sont enregistrées sur place : il n’est pas rare que les ingénieurs du son demandent à reporter le tournage en raison des bruits de fond des éoliennes trop importants alors pour être enlevés. Alors comment feront-ils quand ils seront coincés entre 2 champs éoliens, celui de … et celui de …

Une personne de passage disait avoir un excellent sommeil et pouvait dormir sur place. Le matin au réveil elle dit : « C’est la première fois que je dors dans une centrifugeuse ».

Mme B. B. a laissé une lettre de témoignage à Mme X : elle habite à moins de 500 m des éoliennes. Elle n’a pas de trouble du sommeil mais se plaint de malaises et de palpitations apparus dès les premiers mois après l’exploitation des éoliennes et envisage de vendre sa maison à M. P. car sa maison en vente ne trouve pas d’acheteur. Son fils a quitté la maison depuis l’installation des éoliennes : il ne pouvait dormir.

— Fin du recueil de témoignages de M. et Mme X —

Témoignage transmis à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) - 16 septembre 2016