Dernière mise à jour : 16 octobre 2017

M. et Mme D. 2 août 2016 Auvergne-Rhône-Alpes

Nuisances acoustiques des éoliennes industrielles

« La nuit, notre maison absorbe les vibrations basses fréquences des éoliennes qui troublent notre sommeil... »

Maison en Haute-Loire
Maison en Auvergne-Rhône-Alpes

M. et Mme D. ont écrit aux membres de la commission chargée de l’élaboration des directives de l’OMS relatives au bruit dans l’environnement en Europe :

Nous habitons dans un hameau isolé de montagne, à environ 1000 m d’altitude, situé à 7 km au nord d’une centrale éolienne de 12 MW (6 aérogénérateurs de 2 MW chacun et de 125 m de haut). Notre maison en pierres et murs très épais comporte des double-vitrages et un plafond isolé avec 30 cm de ouate de cellulose. Les éoliennes sont hors de notre champ visuel. Nous avons aménagé en 2014 dans un silence total : nous ne savions pas alors qu’une panne de transformateur électrique avait entraîné l’arrêt de la centrale éolienne : nous l’avons su 3 semaines plus tard en recherchant la cause d’une nuisance acoustique qui nous réveillait la nuit avec une sensation d’être enfermés dans un caisson absorbant des vibrations de très basses fréquences ; un appel téléphonique auprès d’EDF nous a appris qu’il n’y avait dans notre environnement aucun transformateur ni poste haute tension et qu’il était probable que la gêne ressentie provenait de la centrale éolienne située plus haut à 1300 m d’altitude.

Une enquête auprès du voisinage nous a également appris que ce sujet était « tabou » dans cette belle région des volcans aux paysages exceptionnels : 5 ans plus tôt les habitants et l’Association de Préservation des Paysages Exceptionnels du Mézenc avaient réussi à faire échouer un projet éolien mais celui situé à 7 km de chez nous a pu aboutir partiellement : 6 éoliennes sur les 8 prévues ont finalement été implantées ; le projet qui a bénéficié d’une législation favorable sur la base d’un simple permis de construire déposé en 2004 a été mis en service en 2010 après 6 ans de procédure judiciaire ; mais il n’y a pas eu d’étude approfondie des impacts environnementaux intégrant les conditions de topographie, les phénomènes d’écho et l’absence de vents dominants dans cette région marquée par la ligne de partage des eaux entre l’Atlantique et la Méditerranée.

Quand les éoliennes fonctionnent, elles émettent un ronronnement continu dont nous ressentons la pression dans les oreilles et la poitrine. Le « bruit » éolien est présent partout, dans cette région de monts et vallées, mais il devient insupportable à l’intérieur de la maison et la nuit. Si elles tournent sans arrêt plusieurs jours d’affilée, nous avons alors une mauvaise qualité de sommeil, des difficultés d’endormissement, des réveils nocturnes, des sensations d’oppression dans la poitrine, parfois des nausées. Ce malaise donne envie de fuir… ce que nous faisons quand nous pouvons le faire : là, nous retrouvons la santé et le sommeil.

Depuis plus d’un an, nous entreprenons une concertation avec EDF pour tenter de les faire arrêter la nuit ; hélas, il n’existe pas de législation adaptée pour maîtriser l’impact des nuisances acoustiques liées aux infrasons et basses fréquences des éoliennes. Un plan de bridage pour limiter la production de 4 éoliennes sur 6, très proches des habitations, a été mis en place en 2011 par EDF ; ce plan de bridage est sans effet sur l’environnement moins proche. En lien avec l’exploitant, un tableau de mise en corrélation de notre gêne ressentie et le fonctionnement du parc éolien a été réalisé sur plus de 2 mois : il met en évidence notre sensation de bien-être et l’arrêt total de la production (je rappelle que nous ne voyons pas les éoliennes depuis chez nous), la faible incidence du vent sur notre perception (le lieu est abrité des vents), et, paradoxalement, la nuit, une gêne perçue d’autant plus forte que la production est faible (sensation d’oppression et réveil nocturne).

Nous avons aujourd’hui la certitude que l’exposition prolongée aux nuisances acoustiques des éoliennes détériore notre santé : quand nous quittons la région, nous retrouvons notre qualité de sommeil.

Nous souhaitons que notre témoignage reste anonyme pour ne pas entraver notre projet de vendre et quitter définitivement ce lieu si nous n’avons plus d’espoir de voir évoluer la législation ou d’obtenir de l’exploitant l’arrêt des machines la nuit de 23 heures à 8 heures.

M. et Mme D.

Lettre de M. et Mme D. à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS)